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Sylvie Jamet : Bonjour Monique, je suis ravie que tu aies accepté cette interview sur mon blog de musique et d'accordéon http://sylviejamet.over-blog.com

Monique Desgouttes : Normal Sylvie, c'est grâce à ce blog que nous avons fait connaissance !

SJ : Parle-moi de ton activité de management de musiciens :

Monique Desgouttes : Dans mon précédent métier de directrice d'école, j'ai eu la chance de pouvoir développer de nombreux projets artistiques. Comme nous souhaitions le meilleur pour les élèves, j'ai rencontré des chorégraphes, des musiciens, des danseurs, des plasticiens, des metteurs en scène, connus et reconnus dans leur domaine.  Lors de mon départ à la retraite j'ai continué à les voir, et certains m'ont sollicitée pour travailler auprès d'eux.
J'ai alors suivi une formation au management artistique et j'ai créé, en juillet 2005, moZique, ma petite entreprise. Cette société vit au sein d'une coopérative d'activités - Escale Création - basée à saint-Fons dans le Rhône.
Mon activité consiste essentiellement à accompagner les projets des artistes pour qui je travaille : communication, recherche de dates, constitution de dossiers, suivi des réalisations... Concerts, spectacles, créations, bals, et toutes sortes de manifestations...
 
SJ : Oh ! c'est impressionnant (en plus ça met la pression, je n'ai pas intérêt à faire des fautes d'orthographe, sinon ton oeil d'institutrice les verra). Tu as dû en faire de belles choses intéressantes avec tous ces spécialistes du milieu artistique. Quelques exemples d'expériences qui t'ont tenu le plus à coeur et quelques rencontres les plus inoubliables ?
 
Monique Desgouttes : Une création de danse contemporaine avec deux classes à l'UNESCO à Paris, chorégraphie de Denis Plassard... une adaptation du livre d'Azzouz Begag 'Le gône du Chaaba" par André Fornier jouée au théatre en spectacle tout public, pendant plusieurs jours... des créations suivies d'expos au Centre d'Arts Plastiques de Saint-Fons avec Emmélie Adilon... un collectage des musiques traditionnelles du quartier des Clochettes avec le C.M.T.R.A... et plein d'autres !
 
SJ : Et dans le cadre de ce collectage de ce quartier des Clochettes à St-Fons(69), la récolte a été bonne je présume. Tu as glané des musiques venus d'ailleurs ? 
 
Monique Desgouttes : Turquie, Portugal, Brésil, Tunisie, divers pays d'Afrique, France, Italie, ESpagne, Maroc, Europe de l'Est.. il y avait eu une cassette éditée et un spectacle " Papayes".
 
SJ : Racontes-nous comment s'est fait ce collectage de "Papayes" 
 
Monique Desgouttes : C'était un projet d'une année à la rencontre de sa culture familiale. Les enfants devaient d'abord répondre à une question : "y a-t-il des instruments de musique chez vous ?" Et y'en avait presque partout ! Des ouds, des bendirs, des tamburs, des chanteurs aussi et des percus aux noms bizarres, des flûtes... On a prêté des magnétos aux gamins, ce furent eux, d'abord les collecteurs. Puis avec des musiciens,  ils ont créé des chansons sur ces musiques, ou appris des chants enregistrés... puis les adultes qui le voulaient bien ont enregistré en studio un morceau de leur tradition. C'est ainsi qu'une grand mère portugaise interprète un fado magnifique suivi par un chant du mahgreb, et que les deux femmes qui s'écoutaient pour la 1ére fois, se sont dit qu'il y avait peut-être une sorte de parenté ? Un moment extra ordinaire. A la fin de l'année cela fit l'objet d'un spectacle avec aussi de la danse. Il faudrait que je retrouve la K7 !
 
SJ : Tu joues ces musiques-là au diato de temps à autres ?
 
Monique Desgouttes : Les musiques turques me plaisent bien, il y a des danses qui me font penser à la bourrée auvergnate ! C'est difficile de trouver des partoches, mais je suis preneuse !
 
SJ : Mais ce métier de management d'artistes te laisse-t-il du temps pour avoir le plaisir de jouer ?
 
Monique Desgouttes : Je le prends.... : sans une activité personnelle dans laquelle je me réalise, je ne pourrais pas être aussi efficace pour les artistes. Je ne suis pas artiste moi-même, mais la musique est un mode d'expression qui me convient.
 
SJ : C'est ce qui fait la richesse de ta personnalité. Parle-nous des deux musiciens que tu manages : l'accordéoniste Christian Oller, un artiste touche-à-tout, qui amène son accordéon au théâtre ou dans le monde de la chorégraphie et du mouvement, et cette danseuse indienne Annie Rumani dont les spectacles pour enfants me semblent constituer un magnifique et merveilleux moyen de diffusion du Beau dans notre monde.

Monique Desgouttes : Ces deux-là je les ai croisés plusieurs fois dans ma vie professionnelle et je les ai retrouvés ensuite. Tous les deux sont bien enracinés dans les musiques du monde. Mais ils
ont su, chacun à leur manière, faire du matériau traditionnel, qu'ils connaissent bien et maîtrisent à fond, une création personnelle, un moyen d'expression singulier qui me fascine. Christian Oller a très vite, même durant ses collectages, apporté sa fantaisie créatrice et débridée, à un art qui pouvait se scléroser. Il n'a jamais craint le métissage et l'innovation, adaptant airs et instruments à ses besoins, enrichissant ainsi le répertoire du diato.
Annie Rumani est danseuse contemporaine. Son chemin, un jour,  a croisé l'Inde, et l'art millénaire du kathakali, théâtre dansé, lui a offert un ressourcement insoupçonné. Elle pratique cet art total depuis une vingtaine d'années, et  ne se limite pas au jeune public : elle a créé cette année deux spectacles pour les adultes à Lyon et au Musée Gallo-Romain de St Romain-en-Gal. Elle va bientôt présenter au studio de l'Opéra de St-Etienne une nouvelle pièce de danse pure, en cours d'élaboration...
 
SJ : On sent combien tu admires et apprécies ces deux artistes.
Toi qui es une pédagogue reconnue (tu es la seule diplômée des Palmes Académiques que je connaîs suffisament pour pouvoir la tutoyer), quelles qualités de professeur apprécies-tu chez Christian Oller, qui t'enseigne l'accordéon diatonique.
 
Monique Desgouttes : Je fais partie d'un petit ensemble de 5 musiciens amateurs qui se réunit sous sa direction. Nous sommes tous  de niveaux différents, d'âges différents et nous répétons avec lui des morceaux que nous travaillons individuellement ensuite, et avec lui de temps en temps. J'aime beaucoup apprendre avec un artiste qui passe ce qu'il a lui même appris de quelqu'un. Dans les musiques de tradition orale c'est ainsi. Cet "enseignement" ressemble plus à un apprentissage dans lequel tout se transmet, le formel et l'informel. La sensibilité de l'élève est respectée et l'expression artistique s'en ressent. Christian sait faire cela -même s'il a son D.E des musiques traditionelles -, il écoute l'autre, il est généreux et respectueux. Pour moi, c'est cela un bon maître, dans tous les domaines !
 
SJ : En quelques mots, c'est quoi l'art millénaire du kathakali que pratique Annie Rumani ? Comment le public qui vit la trépidente course d'aujourd'hui reçoit-il cette musique d'ailleurs et d'avant ? 
 
Monique Desgouttes : C'est l'art de transmettre -là aussi- avec le corps tout entier, mains, visage, bras, jambes, chevilles, pieds, rythme des grelots, des textes trèèèèèèèèèèès anciens porteurs de messages profondément humains : le respect de la vie, le respect de l'autre, de la nature, l'amour, la colère, la peur, l'envie, tous les sentiments y sont décrits. La danse fascine, la musique et le chant qui déclame l'épopée, en rajoutent encore ! En Inde ça dure des nuits entières ! En Europe, nous manquons un peu de clés pour comprendre ces codes compliqués ! Alors Annie écrit ses adaptations et raconte avec la voix, en alternant parole et danse. C'est  très beau, hors du temps... J'espère que tu auras l'occasion de voir un jour un de ses spectacles !

SJ : Oui, il faut que je vois la mise en musique de valeurs aussi fondamentales.
Mais revenons à notre passion commune... Comment s'est passé ta rencontre avec l'accordéon ?


Monique Desgouttes : Mon papa en jouait, en Auvergne dans les années 30. Comme beaucoup de jeunes gens, alors, il a vendu son instrument en se mariant : garantie suprême d'amour pour son épouse ... et accessoirement certitude de rester à la maison ! Mais quand j'étais petite il me parlait beaucoup de ses bals, et il jouait de l'harmonica en toutes circonstances. Nous chantions aussi... Il m'a fallu 50 ans de gestation inconsciente pour craquer un jour, au festival de St Chartier, devant un petit diato Borelli. Je suis rentrée chez moi le 14 juillet et le 15 je cherchais un prof au C.M.T.R.A. Ce fut Christian Oller ! et voilà. J'ai joué de tout comme une malade en attendant la rentrée avec impatience, j'ai pris un tas de mauvaises habitudes que mon prof s'évertue depuis à faire disparaître. L'année suivante j'ai racheté un Boreli , mais un beau, avec les altérations pour pouvoir faire le sol diése et le mi bémol, c'est mieux ! Et si je joue moins, je joue quand même encore pas mal.
 
SJ : C'est beau ça. J'appelle ça la passion instrumentale, tu m'as l'air contaminée.
 
Monique Desgouttes : Oui, on dirait que ça fait partie de mon patrimoine chromosomique !
 
SJ : C'est quoi la musique pour toi Monique ?
 
Monique Desgouttes : Je suis tombée dedans quand j'étais petite (chorales, famille, violon, piano, guitare scoute ! ), c'est comme un bain dans les eaux primordiales, celles dont on recherche toujours la saveur, la bonne température, régénérantes et nostalgiques. Une nécessité !
 
SJ : Quelles sont tes disques préférés (qu'il s'agisse d'accordéon ou non) ?

Monique Desgouttes : Tous les enregistrements de Paul Odette, merveilleux luthiste américain, musique  du XVIème et XVIIème... un toucher de cordes exceptionnel, et aussi un truc introuvable qu'un ami m'a offert : la voix de Maria Roggen se mêlant au tuba de Lars Andreas Haug  (je crois qu'ils sont norvégiens...): sensuel et bouleversant -c'est du jazz, des impros, de la beauté pure. J'écoute aussi beaucoup un groupe polonais que j'ai vu en concert à St Chartier en 2006, musique tonifiante : Warsaw Village Band, et tout le jazz vocal, et toute la collection baroque chez Alpha et le CD "France" chez Arion et ....ma discothèque est un vrai bazar, voilà !!!
 
SJ : Warsaw Village Band, je ne connaissais pas mais vu que tu aimes je vais adorer. T'as vu leur site ? ils ont un blog eux aussi ...
Mais dis-donc Monique, le festival de St Chartier revient souvent dans la conversation. Tu y vas souvent ?

Monique Desgouttes : Ah ! Saint-Chartier... un autre coup de foudre ! La première fois et la deuxième et toutes les autres, on prend ça en pleine poire ! De tout, du bon, du moins bon, et des rencontres étonnantes. Des gens avec toutes sortes d'instruments qui se croisent, se posent, jouent ensemble un moment,des pros et des amateurs, des débutants et des chevronnés, du trad et du reste, des gamins et des grands pères... du matin au soir et du soir au matin. Et des concerts à ne pas savoir où se tourner, et les bals !!! J'y vais aussi pour travailler, prendre des contacts, poser des infos...
 
SJ : Tu joues sur un accordéon diatonique, cet instrument, petit par la taille, mais auquels moult artistes donnent chaque jour ses lettres de noblesse, et qui est si immensément populaire. Mon petit doigt me dit que tu joues du Ravel sur cet instrument souvent lié, par cliché, à la musique folk. Parle-moi donc de ton exploration de la musique de Ravel avec ton diato...
 
Monique Desgouttes : Ton petit doigt écoute trop les racontars.... C'est vrai que j'ose, dans mon intimité, m'attaquer à des mélodies qui me touchent qu'elles appartiennent au répertoire classique (adagio du concerto de Ravel en do maj. ??? ) ou à la musique traditionnelle. Mon maître Oller m'a largement montré la voie... Cette année je me suis fixée un objectif un peu fou - car mon instrument n'est pas fait pour ça, contrairement au tien - c'est de jouer autre chose que des basses-accords à la main gauche. J'essaie donc des contrechants, des petits trucs qui plaisent à mon oreille, mais c'est "artisanal" et assez débutant tout de même. Enfin je m'accroche, toute seule, confidentielement dans mon petit coin. Quand ça sera mûr, on verra bien ce que j'en ferai !  
 
SJ : J'adore quand un musicien va au-delà de ce qui est prévu pour lui (et c'est valable pour quiconque qui, dans la "vraie" vie, va au-delà des limites prévues pour lui). ça me fait plaisir de trouver ça dans ta personnalité.
Quelques autres pièces classiques à ton répertoire ?
Et quelles musiques plus traditionnelles incontournables ne peux-tu t'empêcher de jouer ?
 
Monique Desgouttes : Tout un tas de scottishes, une danse traditionnelle que j'adore, des chansons populaires (Brel, Brassens, Aznavour, Piaf...), des airs anciens que je trouve par-ci par-là, et des tas de valses, et des musiques de l'Est et, et, et le classique au hasard des écoutes ! 
 
SJ : Tes accordéonistes préférés ?
 
Monique Desgouttes : Christian Oller, tout le CD des "Noces de Julie" et "Entre-Deux" avec JP Yvert et "Mondéolino" du pur Oller plein de rencontres, un vieil auvergnat nommé François Vidalenc qui a des ornements magnifiques, Richard Galliano, Marc Perrone, bien sûr, Jo Privat et aussi le roumain qui joue sous le pont de Caluire par tous les temps et qui sourit. J'aime bien quand le feu passe au rouge et qu'il est là, je baisse ma vitre, ça rend la ville plus humaine. 
 
SJ : Une fois à Grenoble je suis restée une demi-heure à écouter un accordéoniste qui venait des pays de l'Est, qui jouait la musique traditionnelle de chez lui. Oui la rue était plus joyeuse.
Tiens, un CADEAU pour toi : voici une vidéo, avec Vivaldi qui descend dans une rue, quelque part en Pologne je crois...
Magnifique n'est-ce pas, tu aimes ?
 
Monique Desgouttes : c'est ça que j'aime, voilà ! Pas de barrières, de la vie ! C'est vivant la musique. Dans le domaine des ats plastiques, les artistes du mouvement "Fluxus" ont décrété "l'art, c'est la vie" : c'est tellement vrai ....

SJ : Je te remercie infiniment. Et j'espère que les internautes qui nous lisent auront apprécié l'étendue de ta passion de l'art, de l'ACCORDEON, et de la MUSIQUE.
 
Monique Desgouttes : C'est peut-être intéressant juste pour nous deux, en tout cas c'est concret ! Après...c'est le hasard des clics. Merci Sylvie de m'avoir comme ça, gratuitement, donné la parole en cette période électorale où tout est pesé, minuté !
SJ: Oui l'accordéon vient d'avoir son temps de parole... Merci Merci Monique

[interview virtuelle, élaborée par échanges de mails successifs durant la période du 28 mars 2007 au 1er avril 2007.
interviewé : Monique Desgouttes
intervieweur : Sylvie Jamet]
Tag(s) : #1.a. ACCORDEONISTES : Artistes, Musiciens