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Des musiques des films aux mélodies exceptionelles : "Out of Africa", "Propositions indécentes", "Goldfinger", "Un lion en hiver", "Cotton Club", Macadam cowboy" ou encore "Danse avec les loups". Toutes sont de John Barry, le musicien poète anglais.

Laurent, un Lillois(59) passionné de John Barry, a créé un blog consacré à cet artiste exceptionnel. Comme une bonne adresse ça se partage, voici le lien :

http://johnbarrymusic.canalblog.com


En date du 19 mars 2007, Laurent, dans cet article

http://johnbarrymusic.canalblog.com/archives/2007/03/19/index.html,
a publié (merci Laurent) un magnifique écrit de Brigitte Maroillat, mélomane avertie qui manie les mots avec sensibilité, poèsie, réflexion, justesse, précision, générosité et émotion.
Ainsi Brigitte, dont on sent bien combien elle est passionnée de musique et de poésie, rend
ici hommage à John Barry, musicien poète, en éclairant notament son discours par des citations de Claude Nougaro, autre musicien poète tout aussi unique que l'Anglais John Barry.

à travers les propos de Brigitte Maroillat, c'est la lumière qui se fait sur ce créateur d'exception épris de liberté et d'authenticité...
Je vous laisse savourer ci-après les propos de Brigittes Maroillat...


[Ici débute l'hommage de Brigitte Maroillat à John Barry]


 

JOHN BARRY, LE MUSICIEN POETE

 

 

 

 « Toutes les musiques sont bénies

D’où qu’elles viennent, quels que soient leurs nids

Elles appartiennent à l’âme humaine »

(Claude NOUGARO)



Seuls deux artistes, par la grâce de leur talent à fleur de mots et de notes, m’ont profondément bouleversée. L’un est John BARRY, l’autre est Claude NOUGARO. Deux poètes épris d’authenticité et de liberté qui sont et seront toujours omniprésents dans ma vie. Les vrais poètes n’en finissent pas d’être là. Ce sont des accompagnateurs. Par la modeste contribution des quelques mots qui vont suivre, je suis heureuse de pouvoir rendre hommage au premier en citant le second. Les artistes d’exception ont besoin de notre mémoire.                                                             

 

Brigitte MAROILLAT

 

 

 

Quand j’ai découvert la musique de John BARRY, ce fût comme un coup de tonnerre dans le ciel ordinaire de mon adolescence. La résonnance poétique de sa musique m’a touchée en plein cœur. Pour la première fois, un artiste écrivait en musique les choses que j’attendais et de la façon dont je les attendais. Je viens d’un milieu où l’on n’écrit pas, où l’on ne lit pas et où l’accès à la culture se limite à la télévision. Dans ce contexte, sa musique m’a nourrie, m’a élevée humainement et intellectuellement et m’a surtout appris à appréhender le monde avec mon âme, au-delà de ce que pouvaient voir mes yeux. Aujourd’hui, l’œuvre musicale de John BARRY continue à rythmer plus que jamais le fil de mon existence.  

Ces pages sont nées d’un sentiment de reconnaissance envers un musicien poète à qui je dois beaucoup de joie et d’émotions. Je lui dois aussi de m’avoir aidée à une époque où, suite au décès aussi soudain que brutal du jeune homme qui partageait ma vie, j’ai failli sombrer cœur et âme dans un profond désespoir. Grâce à sa musique et à l’exemplarité de son combat personnel contre la maladie, j’ai surmonté l’épreuve et j’en suis revenue plus forte. Je me devais alors « de payer ma dette » envers cet artiste et de faire partager une vision de l‘univers foisonnant d’une des figures les plus singulières de la musique de films. 

 

 ***

 *****

 

Romantique, mélancolique, nostalgique. Autant de qualificatifs dont certains ont usé, voire abusé, pour qualifier le style de John BARRY. En réalité, le mot résumant le mieux tout l’art de ce compositeur de génie, est incontestablement l’adjectif « poétique ».  

 

"La musique et la poésie sont soeurs jumelles. On ne peut aimer l'une sans l'autre. Toute ma vie, j'ai tenté de mettre de la poésie dans mes compositions et de l'offrir ensuite au public. La musique est un chemin initiatique poétique et symphonique qui n'existe que par la grâce du cœur et de l'âme"   

C’est précisément de cette poésie que découle tout le romantisme lyrique de sa musique qui nous touche au cœur et nous émeut.  

John BARRY est un poète parce qu'il a suivi le chemin de son âme, sans se soucier des modes et des considérations bassement commerciales et qu'il s'est toujours présenté en être submergé par le mystère de la vie. L’humanité est entièrement contenue, dans toute sa diversité et ses contradictions profondes, dans l’œuvre du compositeur. En ce sens, John BARRY est le singulier qui rêve de pluriel. Sa musique est de ce fait une œuvre intemporelle et universelle.  

 

Poète, John BARRY l’est, également, parce qu’il aime l’écriture. Pour lui les mots ont un sens, une vibration, une couleur et sont, de ce fait, une source d’inspiration plus riche que les images. « Je ne réagis pas à des images, je ne réagis pas à une histoire, je réagis à une belle œuvre littéraire, aux mots du script ». C’est la raison pour laquelle il aime, de plus en plus, composer à partir du scenario d’un film comme il l’a magnifiquement fait pour la scène d’amour d’OUT OF AFRICA ou, plus récemment, pour SWEPT FROM THE SEA.  

 

John BARRY est également un poète parce qu’il est un peintre de la vie. C’est précisément là que réside tout le génie du compositeur : décrire le contexte, l’ambiance, les couleurs d’une culture, d’un continent, d’un pays ou d’une ville qui lui sont totalement étrangers mais dont il peut aisément cerner l’âme par la seule force de ses notes parce qu’ils lui évoquent une vibration, une rythmique branchée sur la même fréquence que ses pulsations intérieures. Il a ainsi magistralement dépeint les mystères et la magie de l’Afrique à travers des partitions au souffle épique renversant composées pour BORN FREE, OUT OF AFRICA ou bien encore MR MOSES. De même, il a, à ce point, décrit, avec une authenticité criante, l’Italie des années soixante pour le film SOPHIA LAUREN IN ROME que l’actrice, elle-même, s’est exclamée en écoutant sa musique : « Ce John BARRY doit avoir du sang italien dans les veines ! ». Des paroles spontanées qui illustrent tout le talent du compositeur.  

 

Mais John BARRY est surtout un poète parce qu'il dévoile l'homme, il agit comme un révélateur de soi.  Il dit ce que nous sommes avec l’âme et la chair de sa musique. Il nous parle de notre enfance à travers un solo de flûte traversière et de nos épreuves de notre vie d’adulte au rythme d’un saxo alto ou d’un violon aux accents déchirants. Il nous parle également du crépuscule de notre existence par la beauté de quelques lumineuses notes de piano. Ecouter la musique de John BARRY, c'est une façon d'aller à la rencontre de nous même. Il évoque nos rêves, nos douleurs, nos espoirs, avec une telle virtuosité que cela en est bouleversant. Il fait jaillir, dans la douleur de la création, les notes sublimes qui vont nous toucher, nous éclairer, nous ouvrir un nouveau chemin et nous aider à vivre quand cette vie nous heurte, nous blesse. Sa musique cristallise toutes les émotions qui nous agitent en permanence: le désir, l'amour, le courage, la violence, la culpabilité, la tristesse, la réminiscence des souvenirs passés. Ce qu'il nous donne à voir, ce n'est pas le tableau de ces états d'âme (maintes fois mis en musique par d’autres), mais toutes les empreintes qu'ils y laissent, entre élans de mélancolie et échos nostalgiques. 

 

"La trame profonde de la vie s'écrit toujours sur du noir"  disait Claude NOUGARO. Je pense souvent à ces paroles quand j’écoute la musique de John BARRY, tant le compositeur donne le sentiment de créer de la beauté avec ce qui fait mal.  

Il y a une douleur dans l’œuvre du musicien. Mais cette douleur n’est pas sombre, elle est au contraire lumineuse et puissante. Il ne s’agit pas d’une douleur plaintive mais d’une douleur magnifiée par la beauté des notes. John BARRY cultive l’art de dire la souffrance sans être affligé.  Il y a, certes, chez lui une absence d'illusions évidente sur le monde qui nous entoure, l’ayant amené à beaucoup se protéger et à vivre, selon ses propres termes, « en reclus ». Mais il possède cette éblouissante faculté de transformer les fêlures humaines en un véritable cri de beauté par des jaillissements symphoniques sublimes dont il recouvre les maux du monde et la grisaille existentielle. Le propre de la musique de John BARRY est de toujours conserver une lueur d’espoir même si les doutes, les désillusions assombrissent les cœurs. En dépit de l’adversité, des douleurs et des souffrances, sa musique nous fait croire, encore et toujours, en la vie. C’est toute l’élégance de John BARRY qui, aux gouffres profonds du désespoir, préfère la quête d’une joie qui ne veut pas abdiquer. Il fabrique ainsi une singulière beauté qui s’enrichit des noirs abîmes qu’elle côtoie.  

A cet égard, il ne faut pas oublier que John BARRY vient du jazz, une musique empreinte de douleur. Dans le magnifique ouvrage de Pannonica de KOENIGSWARTHER, Les musiciens de jazz et leurs trois vœux, Lionel HAMPTON définit le jazz comme l’émanation de la douleur des esclaves noirs: « Le jazz, pour moi, c’est les émotions, l’humanité du Noir…ça vient du temps de l’esclavage quand les Noirs priaient Dieu de leur donner leur liberté…ça c’est le blues, le jazz d’inspiration spirituelle…et plus tard, quand ils ont été plus libres, ils ont fait un jazz plus joyeux …Le jazz, ça vient du temps des esclaves dans les champs de coton, tu piges ? Cette musique, elle a toujours été intégrée par les Noirs, au rythme des épreuves de leur émancipation. Des tas de blancs écrivent sur le jazz, mais il ne comprennent pas la souffrance qu’il y a dedans »  

 

Et pourtant, il y a un blanc du bord de la Tamise qui a tout compris de cette douleur parce qu’elle doit être aussi, un peu,  la sienne. Le jazz, c’est la souffrance portée par la voix émouvante de Bessie SMITH et les accents nostalgiques de la trompette d’ARMSTRONG. Le jazz, c’est encore la voix blessée de Billie HOLLIDAY qui chante chaque phrase avec toutes les brûlures et les fêlures de son existence. Le jazz, c’est aussi la colère de Charles MINGUS en perpétuellement bouillonnement intérieur.  On peut alors aisément imaginer que cette musique est, pour le jeune John BARRY, un émouvant écho à tous les sentiments contradictoires qui l’animent et à cette sensibilité à fleur de peau qui constituera la clef de voûte de toute son œuvre future, une œuvre oscillant entre l’espoir chimérique d’un bonheur improbable et l’emprise d’une réalité à laquelle on ne peut échapper. OUT OF AFRICA en est, sans doute, le plus criant exemple.  

 

A l’écoute de la musique de John BARRY, on ressent très fortement que celle-ci est inspirée d’expériences vécues dont on ne saura jamais rien, en raison de la discrétion du maestro sur sa vie, mais dont on devine aisément l’existence : «Ma musique est inspirée des souvenirs et des épreuves d'une vie que je ressens fortement quand je compose. Je ne pense pas que Dylan Thomas ait jamais dit à qui que ce soit de quoi parlait ses poèmes. Ce sont des choses intimes sur lesquelles on ne s'explique pas»  

 

 Quand on revient, comme lui, de quatre opérations de l’œsophage en moins de deux ans, émane forcément de soi une douleur mais aussi, et surtout, une force créatrice. Cette force est extrêmement palpable dans la partition de DANCE WITH WOLVES, la première œuvre composée par John BARRY après sa maladie. Quand on écoute attentivement cette bande originale, on ressent que l’incursion en terre américaine du musicien poète anglais n’a rien d’une récréation touristique. C’est au contraire une immersion de toute la personne de l’artiste, une expérience de renaissance, à la fois douloureuse et pleine d’espoir, qu’il vit par tous ses sens et les pores de sa peau. Il y déploie une rage créatrice, à la fois éminemment poétique et violemment épique, pour évoquer son nouveau départ, son retour à la vie après avoir tutoyé la mort. Derrière le combat de John DUNBAR se dissimule celui de John BARRY. Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort.  

 

La musique de John BARRY est également une  quête du temps hors du temps à travers laquelle il cultive l’art de suspendre le fil de l’existence par la seule force des notes. Sa musique s’inscrit véritablement dans un temps mis entre parenthèse, le regard tourné au plus profond de soi. Dans cette quête, le compositeur est à l’évidence branché sur une fréquence sensorielle qui nous délivre du poids du présent et nous ouvre les portes de cet ailleurs qui nous échappe. SOMEWHERE IN TIME et RAISE THE TITANIC en sont les plus parfaites illustrations musicales. Il faut véritablement être touché par la grâce pour écrire de telles partitions.  

« Quand on écoute la musique de John BARRY, on pousse la porte du paradis ». Ces paroles de l’acteur Peter SELLERS sont d’autant plus belles qu’elles sont le résumé parfait de l’univers du compositeur. Ce sentiment d’éternité, cette sensation d’entrer dans le royaume paisible des cieux, sont des ressentis partagés par tous les amoureux de la musique du musicien poète, ce qui d’ailleurs n’est guère étonnant au regard de la volonté de ce dernier de conférer à sa musique « un sentiment d’élévation spirituelle et de liberté qui nous rapproche de l’au-delà ». John BARRY a cette faculté de changer notre façon de percevoir le monde qui nous entoure, de toujours nous ramener à l'essentiel. 

 

Mais ce qui fait, avant tout,  la valeur du compositeur c’est son indépendance, sa liberté, envers et contre tout. Il occupe, en effet, une place à part, parce qu'il a contredit l’étiquette de « rengaine facile » de la musique de films, en tirant perpétuellement son art vers le haut, en pénétrant l'essence de l'âme et en refusant les canons de la musique commerciale. Loin des sentiers battus de la ritournelle bon marché, le compositeur a projeté un torrent d'émotions, là où tant d’autres s'arrêtent aux sensations et sentiments superficiels. John BARRY compose à chaque fois pour se recréer. C’est cet engagement de tout son être dans sa musique qui fait sa singularité. Il s’engage et se dévoile dans ce qu’il compose. Certes, cela est aussi vrai pour d’autres musiciens. Mais la seule différence s'agissant de John BARRY, c'est qu'il ne livre pas seulement un message musical, il livre surtout de la matière sonore qui semble prendre du sens au fur et à mesure qu’elle sort de lui, de son corps, de sa chair, de sa peau. Qui donc d’autre peut être traversé de cette façon par la vie de la musique ? Tous ceux qui ont eu le privilège d’assister à un de ses concerts le savent. Quand il dirige un orchestre, John BARRY déploie une gestuelle singulière et fascinante par laquelle il vit sa musique avec toutes les ondulations de son corps. Ce rapport affectif, pour ne pas dire charnel, avec la musique est absolument bouleversant. Il a compris que les notes ont une vie et que leur sens nous traverse. Aucun autre compositeur ne peut restituer cela.  

John BARRY est un musicien authentiquement vrai, sans mensonge, ce qui est d’autant plus rare dans un monde où l’on pratique à l’envi les compromis. Il symbolise une fantastique indifférence à la mode, aux formules toutes faites de la réussite, aux diktats du marché.  De ce fait, il n’a jamais hésité à exprimer, haut et fort, son désaccord sur les orientations artistiques d’un réalisateur ou d’un producteur. Il préfère ne plus composer pour le grand écran que d’être amené à des compromissions qui heurteraient sa liberté de création et sa quête poétique. John BARRY suit un chemin solitaire sur lequel il n’a jamais rien fait ou dit qui ne soit le fruit d'une nécessité intérieure.  Il compose et mêle les genres non pas parce que c’est à la mode mais parce qu’il obéit à une urgence du cœur. Bien sûr, en empruntant cette voie, John BARRY n’a pas choisi la facilité. Certes, cette quête poétique et musicale dans le "ciel du dedans" ne semble pas facile à capter pour les marchands du Temple Hollywoodien. Et pourtant, c’est la seule réalité tangible de l'être humain que précisément le compositeur s'efforce de sublimer, de transcender. 

 

"La musique  peut être un rêve comme un long sommeil. Il faut la voir comme l'océan ou la mer que j'affectionne tant: un mouvement perpétuel où l'on peut tout autant naviguer que couler. D'où la nécessité de toujours conserver sa liberté de création.  Ce qui fait la valeur d'un artiste c'est son indépendance et sa liberté envers et contre tout.  Sans cette liberté il n'y pas d'artiste qui tienne.   

 

John BARRY mène une bataille qu'il sait perdue d'avance, mais il fait ce que doit faire un poète : il transforme ce sentiment de défaite en beauté.  

 

J'écoute et je réécoute les œuvres de John BARRY et à chaque fois le même phénomène: je suis balayée par un torrent d'émotions. Au rythme des inflexions de sa musique, je ferme les yeux et je suis immédiatement transportée dans des univers pétris de poésie et de romantisme: balade bucolique dans la campagne anglaise, évocation nostalgique de figures du passé dans un vieil hôtel ou sur un paquebot de légende du début du siècle dernier, safari photos et amour passionné au cœur de la brousse africaine... Les notes du compositeur sont un flot vivant qui attrape la vie avec tous les pores. Tous ces sens exacerbés qui deviennent du sens à la puissance dix, c'est sans égal. Sa musique ne nous informe sur rien et en même temps elle nous dit tout. Elle nous dit tout de nous dans sa mélodie comme dans ses silences, des silences qui sont si éloquents dans l’œuvre du compositeur. « Le silence, c’est la musique des anges. Chaque battement de leurs cils est une partition », écrivait Claude NOUGARO. Si le paradis existe, nous rêvons tous qu’il soit à l’image de la musique de John BARRY.

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Léo FERRE chantait qu’avec le temps, tout va, tout s’en va. En réalité, il n’en est rien. Tout reste, tout demeure. Le compositeur vieillit, sa santé chancelle mais sa musique est, quant à elle, éternelle. Rien ne pourra effacer l’histoire d’une douleur magnifiquement dite en musique. Rien ne pourra faire disparaître la quête poétique et musicale d’un artiste touché par la grâce.


[Source : Brigitte Maroillat]


Magnifique plume que celle de cette passionnée de John Barry
, n'est-ce pas ?

Tag(s) : #2.d MUSIQUE : Artistes, Musiciens, Ensembles