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Un article paru ce jour jeudi 15 fevrier 2007 dans le "Nouvel Observateur",

en catégorie "Art & spectacle",

est consacré à l'artiste et accordéoniste Marc Perrone que j'adore et dont je vous ai si souvent parlé dans ce blog de musique et d'accordéon.

Un personnage incontournable, un musicien hors norme  dont la musique vient du coeur,

et touche nos âmes.


Ci-après l'article de Bernard Loupias :

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Rencontre avec Marc Perrone


C'est le poète de l'accordéon



Il ressuscite les guinguettes d'antan et les airs de 1936. Ses nouvelles « P'tites Chansons » font notre bonheur

Cet homme est un magicien. Trois petites notes sur son accordéon, et hop, il escamote tout : les murs de la salle de concert, le fauteuil inconfortable, les projos. Et soudain tous ces gens que vous ne connaissiez pas il y a encore dix minutes, voici qu'entre rires et larmes vous chantez avec eux à mi-voix « Guili Guili », une petite chanson sur la mort écrite avec des CM2. Marc Perrone va souvent jouer dans les écoles des « quartiers difficiles ». Il en est sûr : l'art sauve. Une échappée belle. «C'est par où? C'est par l'art», dirait son ami Bernard Lubat. L'espoir est là. Son nouveau CD s'appelle « les P'tites Chansons de Marc Perrone ». Rien que du bonheur. Ça réveille la mémoire enfouie des petits bals perdus et des feux de la Saint-Jean, des grévistes de 1936, des films de Renoir.
Marc Perrone vous ouvre sa porte. Vous voyez d'abord son sourire lumineux. Puis la chaise roulante. En 2004, il a sorti un disque intitulé « Son éphémère passion ». On a tout de suite pigé : les initiales de ces trois mots renvoyaient à la saleté de maladie - une sclérose en plaques - qui l'a progressivement handicapé. Tous les matins, Marc Perrone lui fait un bras d'honneur. Un jour à Tourcoing, le lendemain à Uzeste pour improviser avec Bernard Lubat, Michel Portal ou André Minvielle, il ne cesse de bouger et de vaporiser du bonheur autour de lui. D'où tient-il cette énergie invraisemblable, cet amour de la vie ? Un de ses grands-pères italiens s'appelait Amabile, Aimable en français. Ça doit être ça.
C'est en 1984, dans « Un dimanche à la campagne », le film de Bertrand Tavernier, qu'on a découvert Marc Perrone et sa musique limpide. Rêve de guinguette d'antan, valse et mélancolie dans une lumière de soir d'été : on ne l'a plus jamais lâché. Il est aujourd'hui cette sentinelle qui se tient à la croisée de tous les chemins de traverse. Musette, chanson, films « musiqués » en direct (un CD, « Ciné Suite », au Chant du Monde), théâtre (avec Fellag), improvisation libre (avec Bernard Lubat, Jacques Di Donato, André Minvielle...), il ne voit pas de différence : «La chanson, l'impro, c'est pareil. Pas de partition, il s'agit d'habiter le moment où l'on joue, à fond.»
Enfant d'immigrés italiens, Marc Perrone a grandi en banlieue : «Je suis né à Villejuif, en 1951, l'année du pastis», dit-il en se marrant. Après on a habité à Gentilly puis à La Courneuve, à la Cité des 4000.» Brassens et Ferré, Marc Perrone les découvre à la radio dans l'atelier de tailleur de son père. Il adore aussi le rock des Shadows et des Stones. Mais son truc, c'est le sport, «le lancer du disque. Comme tu vois,je n'ai pas vraiment changé de registre...». Il a des copains d'origine espagnole qui jouent du Brassens à la guitare. «Ça m'a plu et j'ai commencé à gratouiller comme tout le monde. Brassens, du folk américain, Bob Dylan, Joan Baez et consorts avant de me prendre de passion pour le gospel, le blues rural de Leadbelly, Mississippi John Hurt ou Big Bill Broonzy. De fil en aiguille, j'ai fréquenté le TMS, le folk club américain de la rue de l'Abbaye.» Et l'accordéon ? «Un jour, à la Fête de l'Huma, j'ai entendu un groupe de musique cajun avec un accordéon diatonique à dix boutons et deux basses. Ça a été le déclic. De 1973 à 1978, je suis allé vivre dans le Sud-Ouest, à Agen, avec un groupe qui s'appelait Perlimpinpin Folk. Avec Marie-Odile [Marie-Odile Chantran, sa compagne, chant et vielle à roue, NDLR], nous sommes partis ensuite faire du collectage de musiques traditionnelles dans les Landes.»
En 1982, c'est le grand tournant. Marc Perrone est invité à jouer à la Fête de l'Huma par Marcel Azzola - un de ses modèles, devenu depuis un grand ami. Pendant la répétition, deux types l'écoutent avec attention et viennent le féliciter, enthousiasmés. «C'était Bernard Lubat et Michel Portal! Je ne les connaissais pas!» Au même moment, Bertrand Tavernier le repère dans « la Trace », un film de Bernard Fabre où il avait un des rôles principaux avec Richard Berry et pour lequel il avait composé une valse, finalement pas retenue. «Quelques mois plus tard, Bertrand m'appelle : «Fabre n'a pas voulu de votre valse, eh bien moi je la prends pour mon film.»» Ce fut une belle année.Un quart de siècle plus tard, Bertrand, Michel, Bernard et les autres sont toujours là. L'amitié, c'est le secret de Marc Perrone. Il vous attend.
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"CD : «Les P'tites Chansons de Marc Perrone» (Azimuth/l'Autre Distribution)."

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Marc Perrone est né en 1951 à Villejuif. Ce virtuose de l'accordéon diatonique a enregistré huit albums. Au cinéma, il a joué dans « la Trace », de Bernard Fabre (1982), et dans « Un dimanche à la campagne », de Bertrand Tavernier (1984).
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[Bernard Loupias]
[Le Nouvel Observateur - 2206 - 15/02/2007]
Tag(s) : #1.a. ACCORDEONISTES : Artistes, Musiciens