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Un autre article de Dominique Leglu du Nouvel Obs.com, dans son blog "Science pour vous et moi". L'article date du 24 mars 2011 à 21h50 :

ici :  http://sciencepourvousetmoi.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/03/24/fukushima-suite-17-fuites-d-uranium-et-de-plutonium-evoquees.html

 

Je cite :

 

Jeudi 24 mars. 21H50. Dans une dépêche, reproduite intégralement ci-dessous, deux éléments retiennent notre attention :

1)      Pour la première fois, est évoquée par TEPCO, l’opérateur de la centrale de Fukushima, l’idée d’une fuite d’uranium et de plutonium hors des réacteurs.

2)      Est envisagée par l’opérateur une reprise ponctuelle de la « fission nucléaire ».

 

Neutron beam observed 13 times at crippled Fukushima nuke plant

TOKYO, March 23, Kyodo

Tokyo Electric Power Co. said Wednesday it has observed a neutron beam, a kind of radioactive ray, 13 times on the premises of the Fukushima Daiichi nuclear plant after it was crippled by the massive March 11 quake-tsunami disaster.

TEPCO, the operator of the nuclear plant, said the neutron beam measured about 1.5 kilometers southwest of the plant's No. 1 and 2 reactors over three days from March 13 and is equivalent to 0.01 to 0.02 microsieverts per hour and that this is not a dangerous level.

The utility firm said it will measure uranium and plutonium, which could emit a neutron beam, as well.

In the 1999 criticality accident at a nuclear fuel processing plant run by JCO Co. in Tokaimura, Ibaraki Prefecture, uranium broke apart continually in nuclear fission, causing a massive amount of neutron beams.

In the latest case at the Fukushima Daiichi nuclear plant, such a criticality accident has yet to happen.

But the measured neutron beam may be evidence that uranium and plutonium leaked from the plant's nuclear reactors and spent nuclear fuels have discharged a small amount of neutron beams through nuclear fission.

==Kyodo

 

La dépêche d’agence ci-dessus, et que nous traduisons au fur et à mesure dans le texte ci-dessous est tombée sur le fil anglais de Kyodo news le mercredi 23 mars à 21h31 (heure de Tokyo), et a été reprise en partie dans une dépêche plus développée ce jeudi 24 mars (« Smoke disrupts nuke plant restoration work, radiation fears reach Tokyo »).

 

[Remarque: à défaut d’avoir assisté à l’éventuelle conférence de presse de l’opérateur TEPCo qui a donné lieu à cette dépêche ou d’avoir en mains l’éventuel document d’origine de l’opérateur qu’a pu se procurer l’agence de presse japonaise, nous traduirons pas à pas cette dépêche et en ferons le commentaire. ]

 

L’INFO ETONNANTE. Nous commençons par la fin de la dépêche : « Mais la mesure de cette émission de neutrons pourrait être une preuve que de l’uranium et du plutonium ont fuité des réacteurs nucléaires de la centrale et que les combustibles usagés ont émis une petite quantité de rayonnement neutronique lors d’une fission nucléaire ».

 

DECRYPTAGE : C’est la première fois, à notre connaissance, que l’opérateur de la centrale de Fukushima, TEPCO, envisage l’idée d’une fuite d’uranium et de plutonium hors des réacteurs. Comme nous l’avons réclamé par deux fois cette semaine dans ce blog, est enfin abordée (mais sans précisions pour l’instant) cette question cruciale pour la santé des populations et la pollution radioactive des alentours. En effet, s’ils ont fuité, où se trouvent (du moins en partie) l’uranium et les transuraniens (dont le plutonium) des réacteurs ? Sont-ils également sortis hors de la centrale ?

A noter que, selon la dépêche (phrase du milieu) « L’opérateur de la centrale a dit qu’il allait faire des mesures de l’uranium et du plutonium (…) ». Cette phrase demeure absconse en l’absence de précisions sur la nature de ces mesures : de leur émission radioactive ? De l’endroit et de l’état dans lesquels ils se trouvent… Cette dernière hypothèse semble difficile à imaginer. On se demande, par exemple, comment l’opérateur pourrait aller loger une caméra au sein du réacteur n°3 afin d’examiner le possible corium sur le fond de l’enceinte… et sans que l’appareillage en question ne soit affecté très vite par la très forte radioactivité ambiante.

A noter pour mémoire (1), s’ils ont fuité au-delà de la centrale, ces éléments viendront donc s’ajouter à ceux déjà abondamment évoqués ces derniers jours, à savoir l’Iode131 et les Césium134 et 137, éléments volatils retrouvés dans l’eau, le lait, les épinards, des brocolis etc. Et retrouvés aussi dans l’eau de mer, ce qui laisse augurer d’une contamination, au minimum locale, des poissons et coquillages. Une dépêche en urgent de Kyodo News, tombée à 14:58 (heure locale, soit 06 :58, heure de Paris) ce jeudi, mentionnait ainsi un taux d’iode radioactif « 147 fois plus fort [que la normale] dans l’eau de mer près de la centrale ».

 

DEUXIEME INFO ETONNANTE : est évoquée par l’opérateur la « fission nucléaire », autrement dit la reprise d’une réaction nucléaire dans le combustible. Nous évoquions hier (1) ces possibles « reprises de criticité », dans un corium (mélange de combustible et de métal fondus, après la fonte du cœur de réacteur devenu trop chaud, par perte du système refroidissement). L’opérateur semble ne pas l’envisager ici : « cet accident de criticité est encore à attendre à Fukushima». Il rappelle, en revanche, qu’un tel phénomène a bel et bien eu lieu, il y a douze ans au Japon et cela avait fait grand bruit : « dans une usine de retraitement de combustible, en 1999 à Tokaimura, préfecture d’Ibaraki, [où] de l’uranium n’a cessé de fissionner, relâchant un rayonnement massif de neutrons ». L’usine en question était pilotée par un autre opérateur nucléaire japonais, JCO Co, comme mentionné par la dépêche. En revanche, cette reprise de la criticité aurait eu lieu dans les barres de combustible usagé (lire immédiatement ci-dessous).

 

TITRE ETONNANT DE LA DEPECHE. Il annonce l’observation inattendue et répétée d’un « flux de neutrons » : « Rayonnement neutronique observé 13 fois près de la centrale ».

La dépêche se développant ainsi : « TEPCO a signalé mercredi qu’a été observé par 13 fois un rayonnement de neutrons, sorte de rayonnement radioactif, sur le site de la centrale de Fukushima Daiichi, endommagée après le désastre du 11 mars, séisme suivi d’un tsunami. Selon l’opérateur TEPCO de centrale nucléaire, ce rayonnement a été mesuré à environ 1,5 km dans la direction sud-ouest par rapport aux réacteurs 1 et 2, et a été observé pendant trois jours à partir du 13 mars, rayonnant de 0,01 à 0,02 microsieverts/h, ce qui ne représente pas un niveau dangereux. »

DECRYPTAGE PLAUSIBLE : Les barres de combustible usagé, mal refroidies à certains moments dans les piscines –découvertes pour cause de disparition du toit comme sur la piscine n°3 ou d’incendie comme sur la piscine n°4 et qu’il a fallu remplir d’urgence, soit avec des hélicoptères soit des canons à eau- ont émis des neutrons. Ces neutrons auraient formé des sortes de « nuage » pouvant monter dans l’atmosphère. Ils y auraient été en quelque sorte rabattus par l’air, le rayonnement pouvant alors se faire sentir jusqu’à 1,5 km de la source. Les spécialistes connaissent ce genre de phénomène appelé « effet de ciel » et qui peut se révéler dangereux (ici l’opérateur précise que la dose de 0,01 à 0,02 microsieverts/h demeurait faible). En effet, à cause de cet effet, le rayonnement peut se manifester à distance de la source et même, pour des raisons de physique fondamentale, s’y révéler plus intense que près de la source (vision contre-intuitive). L’événement se serait produit 13 fois, à partir du 13 mars.

 

EPILOGUE : On peut espérer qu’après ces premières annonces, l’opérateur va continuer de donner des précisions sur la dangerosité actuelle de l’uranium et des transuraniens.

 

 

1)       http://sciencepourvousetmoi.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/03/23/fukushima-suite-16-uranium-et-transuraniens.html

 

 

FIN DE L'ARTICLE du NOUVEL OBS.Com

Tag(s) : #12 Pollution généralisée, PCB, urgence d'agir !