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Les témoignages des manifestants pacifiques attaqués par les CRS ce jeudi 31 mars à Grenoble : http://nuitdeboutgrenoble.gandi.ws/temoignages




Suite à la journée de mobilisation du 31 mars et face à la répression policière qui a fait rage dans les rues de Grenoble nous avons choisi d'ouvrir un espace de témoignage pour les manifestants.


Un témoignage jeune, trop jeune même pour avoir bien connu le mouvement CPE, naïf et optimiste... alors forcément pas très au point sur certaine chose. Notamment sur le fait qu'un rassemblement innocent(*) dans un parc peut finir en course poursuite dans la fumée. Depuis quand penser qu'un truc tourne pas rond, et donc logiquement, vouloir y remédier, est répréhensible ?


Ce n'est pas radical, et même seulement réaliste que d'imaginer qu'on puisse faire un poil mieux que d'ignorer une loi pour plus d'exploitation dans la production invraisemblable, un poil mieux que des gens laissés sans toits, que de faire semblant de se soucier de l'environnement et de construire sans écouter ceux que ça concerne vraiment.


Alors comme ça, persuadée de ne rien penser de si extravagant, je débarque le 31 mars au Parc Paul Mistral de Grenoble avec la question : bon qu'est-ce qu'y font les autres quand ils sont pas d'accord ?


Ben ils font rien : ils se font virer. Ah et c'est normal ?


Quand on nage dans la boue médiatique ce ne sont plus des manifestants organisant une projection-débat, mais juste des jeunes (traduit en : ceux qui ne savent pas ce que c'est d'être responsable d'une famille, ceux qui ne connaissent pas le travail). Alors qu'on leur coupe l'électricité, qu'on leur interdise de se rassembler et finalement qu'on les arrête : quoi ? Ça leur rappellera qu'on y peut rien ? Que c'est comme ça ? Mieux ! Que c'est pas plus mal de réprimer des enragés qui pètent des vitrines... Des vitrines de banque ! (Mais comment vont-elles faire pour s'en remettre ?).


C'est individualiser pour mieux régner, chacun son confort ou chacun sa merde mais surtout ne soyons pas ensemble, ne soyons pas d'accord, ne conjuguons pas nos actions, ne tolérons pas : alors que dans le fond, dire à l'économie, au capital, au seigneur-pognon lui-même, qu'on est pas son esclave, que c'est pas parce qu'on a pas sa bénédiction qu'on est pas digne de vivre ici, ben, on serait nombreux à vouloir le faire.


Alors quand je lis : 8 personnes en jugement pour « participation à un attroupement malgré sommations », ça a de quoi me remuer : mais sommations au nom de quoi ? Coups de matraques au nom de quoi ? Qui défend qui, et contre qui ?


Notre attroupement lui, défendait nos droits, voulait mieux et pas de mal. Et il compte bien continuer comme ça, en espérant que la prochaine fois on pourra se préoccuper de haïr la répartition des richesses et l'illusion du vote plutôt que la police et leurs violences, et qu'on sera plus nombreux pour le faire.


(*) Innocent : Qui n'est pour rien dans des événements néfastes dont il pâtit.


Chloé


J'étais des manifestants le 31, ma première manifestation violente, tristesse d'apprendre que les vidéos que j'avais pu voir sur le net ne mentent pas ...


Qu'est-ce qui a bien pu se passer quand tu commences ta journée à dessiner des licornes et des joyeuses pieuvres sur une banderole et que tu la termines à devoir escalader un mur, les yeux qui brûlent et un goût acre dans la gorge ? Il se passe qu'on est venu nous déloger, tout pacifique que nous étions en ce jour du 31 mars, à parler, rire et chanter ensemble sur l'Anneau de Vitesse. C'est face à des coups de matraques et de gaz lacrymogènes que nous avons dû fuir. Mais nous avons fui pour mieux nous retrouver, sur le parvis de l'hôtel de ville, dans les rues, place Notre-Dame ... Nous nous sommes retrouvés plus nombreux et plus fort et nous avons tenu tête. Nous avons tenu tête 4h longues heures, il faut bien une fin à tout mais c'était une fin victorieuse.


Et je te promets d'une chose : quand tu es fatigué d'avoir marché 4h dans la ville en plus de ta longue journée, ne t'inquiète pas, tes jambes retrouveront toute leur vigueur pour fuir lorsque les CRS arriveront matraque à la main. Et toi tu n'auras que ta conviction, tes espoirs et ta peur un peu comme arme face à eux. Mais ne t'inquiète pas car tu n'es pas seul, l'union face à la violence policière n'est pas une utopie mais bien une réalité.


Inès, 19 ans, lycéenne et bénévole sur le stand du collectif «OnVautMieuxQueÇa »


J'étais parmi les manifestants hier depuis l'arrêt Alsace-Lorraine jusqu'à la manifestation sauvage de la nuit bien que j'ai quitté le cortège avant d'atteindre l'hôtel de police.


Je conserverai ici l'anonymat et vous pouvez m'appeler, comme mon adresse l'indique, "Panzer".


J'étais dans la manifestation du matin au niveau des antifas qui ont cassé les vitrines de banques et la boutique reconnue comme appartenant à des membres de la mouvance nationaliste grenobloise. Bien que je n’aie pas participé au cassage, je ne le condamne pas car pour moi, lorsque la violence persiste, il n'y a que par elle que l'on peut répondre. Lorsque nous étions pacifiquement dans le Parc Paul Mistral nous avons été lâchement encerclés.


C'est d'ailleurs pourquoi j'ai aussi caillassé les CRS à l'anneau de vitesse après les premiers tirs de sommation. On voulait nous faire asseoir mais l'apparition des rangées de boucliers sur les gradins nous ont fait paniqué pour certains d'entre nous (dont moi-même) qui étions au premier rang. C'est alors que les tirs de fumigènes ont débutés et que l'un d'eux m'est tombé entre les jambes, j'ai seulement eu le temps de lui donner un coup de pieds avant d'être complètement aveugle. Dans la panique j'ai dû courir depuis les premières lignes jusqu'à la pelouse pour enfin sortir de la fumée, talonné par des CRS matraques levées.


Puis, lorsque nous avons tous convergé sur le boulevard Jean Pain, j'ai vu les forces gouvernementales nous encercler, la foule a décidé de partir dans la rue des Dauphins. Vers ce qui me semblait être les 4/5èmes des manifestants, des CRS venus du jardin des plantes ont chargé sans sommation, j'ai couru et, lorsque je me suis retourné, l'endroit où je me trouvais la minute précédente était noyé dans la fumée. J'ai rejoint ma copine à la jonction de la rue avec la rue Cornelie Gemond où nous avons été gazés, toujours sans sommation dans l'intention, je pense, de couper le cortège en 2. Protégeant les yeux de ma copine, j'ai pris tous le gaz pour la deuxième fois en moins d'une heure.


Nous avons continué jusqu'à la place Notre-Dame où nous avons fait face aux CRS et la BAC qui avait été dépêchée. J'ai encore du mal à croire que la BAC ait pu intervenir contre nous... Bref, des membres de la foules, échauffés par la course poursuite et probablement sûrs de la protection que la place, pleine de passants (dont des enfants), leur offrait, ont commencé à lancer des bouteilles sur la police qui a répliquée... La place était pleine de gaz, impossible d'y rentrer, ils ont tiré tout en sachant que des personnes sans défense, parmi les commerces et dans leurs voitures, étaient présentes. Avec ma copine nous sommes partis par une rue transversale pour éviter les interpellations et le gaz avant de rejoindre le cortège, plus déterminé que jamais, place Grenette.


Au cri de "Grenoble, Grenoble, Soulèves-toi" nous avons suivi la foule qui ne cessait de grossir et me rappelle cette tirade su Cid: "Ni partîmes 500, mais par un prompt renfort nous nous vîmes 3000 en arrivant au port." Comme dit aux informations, des poubelles ont bien été renversées sur la route, mais il faudrait préciser à ces "journalistes" que des camions de CRS nous talonnaient. D'ailleurs, c'est à l'arrêt de tram Hubert Dubedout que nous avons quitté le cortège avec ma copine, sachant qu'aller à l'hôtel de police finirait mal. Cependant, en nous retournant, nous avons vu des brigades de CRS et de la BAC qui prenaient possession des lieux, nous bloquant l'accès et nous forçant à faire un grand détour.


Voici ma version des faits. Je ne sais pas si elle est utile, ou même intéressante, mais j'ose croire que vous saurez en tirer la vérité.


#OnVautMieuxQueCa


On lâche rien.


Panzer


Hier soir, pour la première fois depuis le début des manifs, j'ai eu peur.


En plus des arrestations et des coups de matraques non justifiés de l'après-midi, il a fallu qu’ils nous accueillent à 100-150 CRS ou plus je ne sais pas (puisqu'on était éblouis) devant l'hôtel de police sans nous laisser la chance de dire ce qu'on avait à dire.


On s'est reçu une pluie de bombes lacrymos en moins de 10 minutes.


La rue était bloquée des deux côtés, impossible de faire demi-tour, du coup on s'est réfugiés dans le petits parc. Début des coups de matraque, J'AI VU UN COPAIN SE FAIRE CHOPER ALORS QU'IL SE CACHAIT DERRIERE UN ARBRE : coup de MATRAQUE, INSULTES et la PLUIE DE LACRYMO qui continuait de tomber.


On a vite compris qu'ON SE FAISAIT BLOQUER. Plus d'issues. Et ils ont chargé, nous aveuglant avec leurs torches. Panique. C'ETAIT IRRESPIRABLE.


Le seul moyen de pas me faire TABASSER MOI AUSSI PAR LES CRS qui chargent : sauter par-dessus les barrières du chantier qui font presque deux mètres de haut. Après m'être fait piétiné, et arrivée de l'autre côté j'ai réalisé que je ne pouvais plus bouger la main, qu'elle était pleine de sang et profondément ouverte. A côté de moi, un autre mec avait la main complètement déchiqueté. Je retourne à l'hôpital demain matin, j'ai peut être touché le tendon d'après les infirmières.


On doit se faire entendre. Ils n'y a pas que des casseurs et des CRS " contraints de jeter des gaz lacrymo". Il n'y a pas que des policiers blessés. Il y a des flics en civils cachés dans la masse qui provoquent les violences et des manifestants pacifistes arrêtés et tabassés parce qu'ils n'étaient pas d'accords et qu'ils ont porté leurs couilles !


P.s: face à un rassemblement PACIFISTE contre les violences policières ils répondent par deux canon à eau et des dizaines de véhicules remplis de CRS prêts à sauter dans le tas !




Courage à tous les blessés. Merci à tous d'être là, de rester soudés et décidés . C'EST PAS LES COUPS D'UN ETAT POLICIER QUI NOUS ARRETERONT.


Fanette, 18 ans


Ce jeudi 31 mars j’étais venu voir un film..... pas pu aller manifester pour car j’étais au boulot je viens le soir...film annulé...pourquoi? C’était une bonne idée cette projection à l’anneau de vitesse, de plus pas de "casseurs" car rien à casser !!!!


Du coup je rejoins ce qui reste des manifestants poursuivis parait-il par la police, je vais voir... L’ambiance est sympa est relativement paisible, certains jouent de la musique, d’autres dansent, d'autres scandent des slogans mais dans une atmosphère "bon enfant" du coup je reste un moment, ils se sont fait gazer, place Notre-Dame et du coup parcours la ville.


Seating près du cinéma chavant ça bloque la circulation mais les voitures passent quand même au compte-goutte (une femme médecin a même droit à la "haie d’honneur" pour traverser la foule) ensuite direction le palais de JUSTICE afin de demander la libération des copains retenus la bas et là changement d’ambiance!!!Fourgons de police, gaz lacrymogènes auxquels les manifestants répondent par le jet de bouteilles en plastiques et d’un coup l’horreur!!!! Les hommes cuirasses et casques chargent et encerclent les manifestants insultant et frappant à tout va (??!!) Moi je suis légèrement en retrait du troupeau (terme qui me semble convenir car on dirait vraiment une attaque de loups sur un troupeau de moutons!!!) et je regarde ébahi et quelque peu hagard ce déferlement de violence qui me semble gratuite!!! Ces hommes cuirasses et casques qui frappent a deux... trois voire quatre des "gamins" (je suis bien plus âgé qu’eux) et surtout des "gamines" qu’un seul aurait pu aisément soulever d’un bras... Cette vision me semble irréelle et je regarde penaud les mains dans les poches, terrassé par tant de violence!!! J’ai l’impression de voir un reportage sur la répression chilienne sous Pinochet !!!! D’un coup j’entends des injures qui viennent de derrière moi« tu vas voir fils de pute, enculé.... » C’est à moi qu’il parle ce civil casqué ???? Du coup je fuis ce type ou ce trop de violence que je ne comprends pas. Dans ma fuite un autre civil se dresse devant moi, je vais pour lui dire "fuis ils sont fous" mais je vois qu’il est aussi casqué etarmé! J’arrive à l esquiver et a m’échapper non sans que celui parvienne quand même à m’assener un coup de sa matraque heureusement dans les jambes vu que j’ai sauté pour passer la haie.


On se retrouve quelqu’un à l’abri ahuris, étourdis, certains énervés et le mouvement se délite peu à peu....


Un coup de matraque ça fait mal mais ce n’est rien à coté de ce déferlement de violence!!! Je rentre chez moi avec une forte envie de chialer, ce soir j’ai mal... mal à ma France et à ses valeurs, liberté égalité fraternité serait-ce de venu chimère?


BREF J’ETAIS JUSTE VENU VOIR UN FILM ........


Thierry


Je suis en CDD et n'ai pas fait de projet pour ma fin de contrat qui approche à grand pas.


Pour autant cela ne m'inquiète pas. Cela ne m'inquiète plus. J'ai toujours eu des fins de contrat. J'ai 28 ans et malgré les divers et nombreux postes que j'ai pu faire on ne m'a jamais proposé de CDD qui puisse déboucher sur des CDI. J'ai toujours eu la chance de remplacer des congés maternités ou des congés longue maladie.


J'ai pu signer deux CDI dans ma vie : un pour travailler en tant qu'employé polyvalente à Mac Donald au sein d'un important centre commercial et un autre pour travailler en tant qu'auxiliaire de vie à domicile. J'ai rompu ces contrats car je jugeais les conditions de travail trop précaires, que ce soit dans le regard des autres : « tu vois Cindy si tu ne travailles pas bien à l'école tu finiras comme la dame qui nettoie par terre » ; « Mais Anaïs tu pourrais trouver mieux comme emploi tout de même » ou que ce soit dans la reconnaissance salariale.


J'ai eu de nombreux statuts (vacataire, bénévole, stagiaire, volontaire en service civil, volontaire en service civique, VDI (vendeuse à domicile indépendante), contractuelle...), je suis une nomade des contrats en tout genre et ai beaucoup donné de mon temps.


Hier, le 31 mars 2016, j'ai déposé un jour de grève pour faire entendre ma voix dans la rue. Pour que mon absence au bureau puisse faire réfléchir mes collègues sur le climat d'instabilité qui règne à l'heure actuelle. Pour grossir les rangs de ces courageux militants qui défendent les droits de tout à chacun.


C'était l'occasion aussi de comprendre mieux cette loi El Khomri, de pouvoir échanger à ce sujet, de pouvoir regarder un film d'information et non pas simplement assister à des médias de désinformation.


Malheureusement des casseurs sont venus décrédibiliser le mouvement.


Je ne leur jette pas la pierre, j'entends que la colère monte et que la rage peut entrainer des conséquences désastreuses. Qui plus est je ne connais pas leurs parcours de vie.


Mais la préfecture a sanctionné : interdiction de diffuser le film « Merci Patron » comme il était prévu au programme... Alors on est allé danser devant le parvis de la mairie, on a scandé qu'on était des gentils et que l'on voulait seulement un film pas de matraque. Les négociations n'ont pas aboutis et nous sommes donc aller nous retrouver à l'anneau de vitesse pour échanger, discuter, comprendre et apprendre de l'autre.


Une ambiance calme et festive.


A 18h30, on vit en haut de gradins une trentaine de CRS qui se dressaient contre nous. Tout le monde se mit alors debout et nous pûmes constater qu'un cordon de force de l'ordre nous encerclait, nous prenant au piège. Pas de dialogue possible. Un sentiment de peur s'installa et sans comprendre pourquoi voilà que nous nous faisions canarder par des bombes lacrymogènes. Cela pétait de toutes parts. Tout le monde se mettait à courir et hurler. Deux filles que je ne connaissais me prirent alors par le bras et me guidèrent vers une sortie, un militant me mis du citron sur mon foulard en me disant que je pourrais respirer dedans.


Une fois sortie de ce climat de peur et de terreur, je scrutais le visage de tous ces jeunes qui pleuraient, incrédules et désabusés. Eux qui voulaient seulement revendiquer un avenir meilleur et des droits qui semblaient aller de soi.


J'ai vu des matraques levées injustement et se baisser sur des hommes déjà à terre, j'ai assisté au spectacle affligeant de CRS trainant au sol un homme sur des kilomètres. J'ai vu des visages en pleurs et des cœurs meurtris.


Pour ma part, la violence n'a pas de sens. Je ne veux pas partir en guerre, je veux seulement que des espaces de dialogue puissent être ouverts. Que des jeunes puissent avoir confiance en la vie et espoir en demain. Je m'étonne alors de la dureté de ces violences policières. Je suis déçue de lire le Dauphiné libéré qui parle de violence de la part des militants mais ne mentionne pas la violence policière.


Heureusement qu'il y a encore des articles comme celui-ci qui voient le jour bien que, malheureusement, la masse n'ira pas le lire :http://particite.fr/les-violences-acceptees/


Heureusement que la solidarité existe plus que jamais en bas de cette société.


Heureusement que des bras m'ont été tendus et que la bienveillance est de mise dans les rangs. A l'image de cette fille, visiblement habituée des bombes lacrymogènes, armées de petites bouteilles de sérum physiologique qui déambulait sous la fumée pour mettre des gouttes dans les yeux des attristés.


Heureusement que nous restons unis et solidaires en tant de guerre !




Anaïs, 28 ans, Attachée aux relations extérieures sociales pour le groupe de protection sociale AGIR LA MONDIALE. J'ai un bac + 3. Je vis en colocation à Eybens. Je n'ai pas de problème d'argent.


J'ai mis en place un atelier d'expression libre pendant l'occupation à l'anneau de vitesse dans le but que chaque personne puisse s'exprimer au même endroit, au même moment. Joli moment de partage, quelques-uns écrivaient, d'autres lisaient. On a laissé les idées, les réactions se mélanger sur un même lieu.


Il fait beau, l'atmosphère est agréable; On joue de la musique, on échange des sourires, des discutions... Il est 18:30 je pars m'acheter un truc à manger, je croise des CRS de l'autre côté du parc.


18:45, je reviens, une fumée blanche envahie l'anneau de vitesse... Ça cri, ça court... Un garçon se fait tirer par les CRS, il est à terre, il a le visage en sang. On est impuissant. Tout d'un coup on n'est plus rien, on n'a plus le droit. Mais le droit de quoi d'ailleurs? De créer, de partager, d'espérer?


Anouk, 20 ans


On voulait une soirée de fou, on a été servis. On a défilé, on a manifesté, on s'est tenu la main pour pas se perdre ou juste comme ça. On a vu plein de gens, des jeunes, des vieux, des familles, des regards d'entraide, de colère, de mépris ou d'espoir. Après la manif du matin, l'AG improvisée à paul mistral, le face à face avec les flics méprisants, les grands coucous aux caméras de ceux planqués au 5ème étage, la charge à l'anneau de vitesse, la charge à notre dame pendant qu'on dansait avec ceux à côté de nous. On a marché, marché dans toute la ville, c'était génial entre la musique, le saxo, les pancartes enflammées, les cris, les chants, on les a fait courir dans toute la ville, les voitures bleues et les sirènes. « Cours policier, on s'arrêtera au ptit déjeuner ! ». Jusqu'au commissariat, où on se prend lacrymos, tirs de flashball et où ils nous encerclent complètement. Ils veulent nous faire partir ? On est frappés et fatigués ce soir, mais demain on reprend et on s'arrêtera pas, la rue nous appartient.


Marie Sigel, 20 ans, Etudiante en Lettres Modernes et Italien à Stendhal


Hier soir à 18h30 je rejoignais mes amis à l'anneau de vitesse du Parc Paul Mistral à Grenoble. Au programme : projection d'un film, concerts, discussions et bonne ambiance. En arrivant, je tombe sur une lignée de CRS entourant les manifestants. Je parviens à me glisser pour rejoindre mes amis situés au centre. Contrairement aux sourires espectés je découvre leurs visages suants derrière leur bandana "Putin mais qu'est-ce que tu fou, t'as pas de protection? Tiens prend mon écharpe, mets ces lunettes et barre toi!!!" À peine le temps d'enfiler tout ce bordel que deux lacrymo tombaient à nos pieds. "On reste groupés" !! Tu parles, on pouvait même plus ouvrir les yeux. Par ou courir ? "J'en sais rien, j'y vois plus rien!!!" En sortant je découvre tous les visages horrifiés "Mais merde, qu'est-ce qu'on a fait pour mériter ça?" criait mon voisin de gauche en crachant. "On a osé parler mec" lui répond son collègue en lui tendant du liquide ophtalmologique. "Les matraques à gauche, barrez-vous!!!! On court, on court, on court mais bordel, c'est ça la démocratie ? Obligés de courir pour parler ? Obligés de laisser nos pairs tomber pour pouvoir encore crier ? "Le centre-ville, la bas ils ne pourront pas nous gazer", c'était bien pensé mais non... On court, on court on court. On se perd, on se divise, on se blesse. La haine nous envahit, on a besoin d'un coupable : "Tout le monde, déteste la police" qu'ils chantaient. "Mais non arrêtez, c'est pas ça le slogan les gars, ils comprendront pas." "Tu crois vraiment qu'ils entendent quelque chose avec leur casque derrière leurs boucliers? Meuf, réveilles-toi, ils sont pas là pour nous écouter". Je me retourne, aperçoit leurs visages semblant être emplit de haine. Ils frappent les poubelles avec leurs matraques, la peur me transcende. Je cours comme si la mort essayait de m'attraper.


Emeline


Un petit témoignage de ma part suite à quelques coups de matraque reçu. En voulant fuir les crs c'est derniers nous ont laissés passés en nous mettant des coups. J'ai donc reçu gratuitement au passage un coup de matraque sur le pied (possible fracture sur un des petits os sur le pied) ainsi qu'un coup derrière la tête et un coup sur le visage donc arcade ouverte. Je suis donc allé voir un docteur qui m'a prescrit 4 jours d'ITT ainsi qu’une possible rallonge suivant les résultat des radios.


Voilà en gros ce qui a pu se passer pour ma part.


Bonne journée quand même.


Continuons la lutte


Aymeric


Partant avec mon amie fleure à la main demander pourquoi les forces de l’ordre était là, mon amie c'est fait pousser dans les marchés de l'église.


Plus tard vers le cartier de l'Alma une autre amie et moi nous faisons matraquer par 4 policiers en rendant une radio à un policier. En allant aider son homme mis au sol nous nous sommes fait gazer et matraquer.


Zora, 15 ans et 10 mois


J'étais pour l'après midi à la manif' de Chambéry et rejoins vers 19h30 les manifestants grenoblois place Notre Dame, alors qu'ils ont été chassés de l'anneau de vitesse suite à l'interdiction de projection et de rassemblement. L'occupation de la place est pacifiste, la police répond rapidement par un tir de gaz lacrymo. Nous quittons donc la place, nous marchons pendant plusieurs heures dans les rues de Grenoble, en criant notre indignation quant à l'interdiction de cette soirée. La police nous suit, apparait, disparait réapparait... Après avoir pris la décision de nous rendre à l'hôtel de police pour y demander la libération des interpellés de l'après-midi, les Crs barrent la route, s'ensuit de nouveaux tirs de lacrymo, nous tentons de contourner en enfilant le cortège entre deux tours mais un groupe de crs et policiers arrivent dans notre dos... Il fait noir, on ne voit pas bien, le groupe de manifestants est bruyant mais pacifiste... Pourtant, La charge est très violente, les crs arrivent vers nous, en nous insultant, et frappent très fort au dos, aux jambes les manifestants qu'ils rencontrent... Nous n'avons en aucun cas provoqué l'affrontement, les crs chargent sans raison... Durement, avec haine... Je vois un jeune à deux ou trois mètres de moi esquiver un coup de matraque très violent et parvenir à s'enfuir, je fuis également avec lui, n'entendant derrière moi que les insultes proférées par les forces de l'ordre " Viens là fils de pute, enculé...".


Mon pote (facteur de 46 ans) me rejoint quelques minutes après, il a réussi à échapper à la charge mais a pris un gros coup de matraque à la jambe qui lui laisse une méchante trace...


Aurélien, comédien, 34 ans


Je suis étudiant en école de journalisme, hier dans le cadre d'un exercice de cours je viens en immersion couvrir la manif. Je ne suis pas insensible aux revendications du mouvement, mais lorsque la situation dégénère, j'essaye de rester observateur. Du début à la fin, il n'y a eu aucune tentative de dialogue de la part des forces de l'ordre. Durant l'attente à Paul Mistral, ces gens réunis pour voir un film étaient sous-tension ; sans info et dans l'attente d'une répression à laquelle ils ne voulaient pas croire.


J'ai été surpris de l'acharnement des CRS, quand ils nous ont coincé dans les ruelles notamment. Un arsenal guerrier et des stratégies qui nous bloquaient, et nous incitaient à rester groupés, vu l'alignement des rues. L'inverse du pourquoi de l'intervention !! À Notre-Dame j'ai pu filmer une bavure : après une charge un homme arrive derrière les CRS, qui dans le feu de l'action prennent peur et le défoncent à 4, lui qui avait pourtant les mains en l'air.


Tout au long de notre marche, la musique retentit, les gens continuent de chanter. Quand un cagoulé balance une bouteille ou renverse une poubelle, plusieurs personnes viennent systématiquement calmer le jeu et nettoyer. Les gens tentaient souvent de raisonner ceux qui lançaient des projectiles. Aucun dialogue avec les autorités donc, mais du dialogue entre nous. Nous sommes trop nombreux pour qu'on nous prenne pour une bande de casseurs, s'il y en a parmi nous, la majorité était là pour donner de la voix et voir un film dans la bonne humeur, à mille lieux de l'image que véhiculent les autorités et les médias.


Remarques : les matraques sont faites pour faire mal, pas pour casser, comme s'il ne fallait pas laisser de preuves. Les lacrymos font de la jolie fumée, qui quand on l'inhale vous émeut au point de verser quelques larmes et de vomir ses poumons. Cet arsenal en soi devrait nous alerter sur les attentions répressives des forces de "sécurité".


Soutien et solidarité,


Antonin


J'ai 22 ans et je suis à l'école de journalisme de Grenoble. Avec des collègues de l'école, on s'est rendu hier à la manif', pour écrire des articles dans le cadre de nos études mais aussi pour manifester. Avec un copain, on est resté jusqu'à la fin, devant le commissariat. Le sujet de mon article était les dégradations durant la manif', j'ai donc suivi cela de près. Il y a eu effectivement des vitrines cassées et taguées, mais en fin de compte pas grand-chose. Durant la manif', les flics étaient presque absents, et c'est ça qui à permis que tout se passe dans le calme. Mais à partir de l'assaut à l'anneau de vitesse, c'est devenu n'importe quoi. Le rassemblement était calme et isolé, ils l'ont pourtant dégagé dans la violence, sous lacrymos et les "Ba viens, j'te nique ta mère". Si les violences ont été évitées jusqu'au commissariat, c'est uniquement grâce à l'intelligence du cortège, qui a su rester mobile, groupé et imprévisible quant à son chemin. Mais devant le commissariat, vers 22 heures, c'est devenu n'importe quoi. Les CRS ont fermé toutes les issues de la rue et balancé les lacrymos en nombre, et quiconque voulait fuir les gaz ou les charges des robocops devait passer devant la BAC casquée avec matraque, qui attrapait du monde au hasard, pas pour interpeller, mais seulement pour balancer quelques coups de matraque (avec de la chance), et vous gueuler de vous casser. Personnellement, j'ai reçu quelques coup dans les bras et les jambes, mais rien de bien terrible. En revanche, j'en ai vu certain manger bon, plaqués au sol avec trois flics dessus.


Déjà trop long, pas d'conclusion.


Tony


D'un rassemblement pacifique à un débordement général, il n'y a qu'une goutte. Moi, jeune étudiant en géographie était venu à l'anneau de vitesse dans un but simple: celui de pouvoir discuter, d'échanger et de pouvoir mettre des mots sur la colère qui gronde au fond de moi. La loi travail est la goutte d'eau qui fait déborder le vase, d'ailleurs déjà plein mais qui ne cesse de se vider telle une jarre percée. La colère est là, les consciences aiguisée et aux aguets mais le mouvement tarde à émerger. Hier, nous avons eu le droit à une belle prise de conscience et j'en suis heureux. Cependant, la violence bien présente des deux côtés (malheureusement) participe à la décrédibilisassions du mouvement. Je n'aurai sans doute pas le soutien de tous sur ce point, mais je crois toujours en la force de la non-violence, celle des mots. La violence des uns fait la colère des autres souvenez-vous en. Pour finir, souvenez-vous de 31 mars et de sa violence, la rue nous appartient et il est grand temps que ceux d'en haut le réalise!


Guilhem, 20 ans


Un peu dépassé par les événements après le gazage massif dans le Parc Paul Mistral, je me retrouve séparé du reste du groupe et je ne me retrouve (heureusement) pas encerclé par la police devant l'hôtel de ville.


Mais je ne veux pas abandonner mes camarades alors je parle aux CRS, je leur fait comprendre que je suis un témoin potentiel, qu'ils y a plusieurs personnes qui les filment et qu'ils n'ont pas intérêt à faire des bavures. J'essaie de les calmer et de les raisonner. Mais non, des sourires satisfaits sur les visages de certains d'entre eux, dont un me regarde dans les yeux et me dit "on va les massacrer tes copains, rejoins les si tu les aimes tant!"


La même scène se déroule plusieurs fois dans la nuit, des policiers en civils frappent à 3 un étudiant au sol qui lève les mains en l'air...


Comment peut on armer de matraques des gens comme eux ?


Thomas


On s'est fait gazé dans le parc paul mistral, un espace public il me semble, parce que notre seul tort a été de vouloir se rassembler pour exprimer nos idées, notre indignation, nos revendications, et les initiatives possibles faire changer des choses. On était une belle bande de hippies qui voulait tranquillement écouter de la musique, danser et regarder un film. On ne faisait de mal à personne, mais on leur a fait peur, à eux, qui ont le pouvoir et qui ont voulu nous le montrer : par la force. On a alors continué la manifestation, indignés de s'être fait virer aussi brutalement. Il y avait de la musique, des gens qui gardaient le sourire et qui voulaient juste être entendus et que la police relâche les personnes arrêtées injustement. On était nombreux à être contre la violence et à ramasser les poubelles que d'autres mettaient au sol. Et puis les forces de l'ordre, eux, qui sont censés être là pour notre sécurité, eux, qui sont censés nous protéger, nous ont attaqués. Des coups de matraques, des dizaines et des dizaines de bombes lacrimos, de la peur, de la panique, encore des coups de matraques... J'ai entendu des CRS enthousiasmés de pouvoir aller "taper dans la masse".


Pour moi on ne vit plus dans un État démocratique, aujourd'hui c'est un État policier.


Noémie, étudiante


Je suis venue aider ce jeudi pour le rassemblement festif et réflexif contre la loi travail. Je suis au chômage, et avant ça j'ai travaillé 7 ans en CDI, j'ai pu voir à quel point le monde du travail est devenu absurde et inhumain et je veux qu'on construise une nouvelle société. Nous avions l'autorisation de rester jusqu'à minuit pour faire des ateliers d'éducation populaire et diffuser un film. Soudain, on apprend qu'on nous l'interdit, et qu'on doit partir à 16h. Complètement absurde et injuste. Je décide de rester pour indiquer qu'on refuse de se plier à l'arbitraire du préfet.


Nous sommes en train de danser dans la pelouse au milieu de l'anneau de vitesse. Les CRS sont apparus. Nous n'avons entendu aucune sommation. Des bombes lacrymogènes explosent à deux pas de nous. Mon collègue de manif et moi commençons à essayer de sortir de l'anneau. Nous ne connaissions pas les lacrymogènes. Nous commençons à pleurer et tousser. Nous paniquons, nous avons l'impression de ne plus pouvoir respirer. Mon collègue tousse beaucoup, il a du mal à marcher. Je le soutiens par le bras pour arriver à le faire sortir de la zone gazée. Cela nous prend deux ou trois minutes. De très longues minutes pendant lesquelles j'ai l'impression qu'on ne va pas réussir à sortir avant de s'étouffer.


C'est de la violence pure. Le fait qu'on refuse de sortir d'un lieu ne pourra jamais justifier cette violence. C'est dans les temps de crise qu'on prend la mesure des structures de domination violente existantes. Nous sommes légitimes à exiger qu'elles disparaissent.


Anne


Je suis venu le 31 parce que j’y croyais. Je croyais qu’on avait notre mot à dire. Je croyais que je pourrais regarder tranquillement un film militant. Je croyais qu’on n’était pas si dangereux que ça. Je croyais mal. Lorsque les fusées ont été tirées, j’ai passé mon temps à distribuer du coca pour apaiser les peaux et les yeux. Alors plusieurs fois je me suis retrouvé entre le cortège et les lignes de CRS, dans les fumées. Ils étaient surréalistes : leurs boucliers dressés, leurs regards noirs. A un moment, leur ligne m’a dépassé. L’un deux, en civil et casque m’a regardé et s’est approché. Il a vu le coca et m’a demandé : « tu soignes ces mecs-là. T’es vraiment con ! ». Je crois que mon regard est devenu noir aussi à partir de ce moment-là, et qu’il ne s’éclairera plus avant un bout de temps.


Pascal, 23 ans, étudiant en Géographie


J'étais de tout cœur avec les manifs du 31, ne pouvant m'y ajouter comme je le fais habituellement alors voici ma maigre part :
Ce que j'ai observé avec consternation et inquiétude en passant à 18h derrière les gradins de l'anneau de vitesse du Parc Paul Mistral.


- Des CRS, armés et postés pour que personne n'approche...
- Des jeunes, peut être 5, 6 au plus (mais tellement jeunes !!! 15ans ?) perchés en haut des gradins avec pour protection une barrière de chantier métallique et quelques palettes de bois entassées, face à un CRS qui montait vers eux, matraque en avant.


Je me suis arrêtée...


-"Circulez"


-"Mais que se passe-t-il ?"
-"On arrête les casseurs"


Personnellement, je voyais des mômes morts de trouille et aucune nuance face à eux.
Triste... Je suis et soutiens !
C'est inadmissible de passer par la violence et diviser la population ainsi.


My


Quelques bris de glaces stupides mais compréhensibles ne justifiaient en rien l’interdiction du rassemblement pacifique à l’anneau de vitesse les gaz répandus sur les participants de tous âges, enfants personnes en fauteuil roulant (qui pouvaient être des passants le parc n’était pas ferme) et les tabassages d’hommes ou de femmes à terre auxquels j’ai assisté sont honteux dans une démocratie n’oublions pas que cette police vote majoritairement au front national et qu’ils sont aux portes du pouvoir j’ai 55 ans je ne lâcherai rien même pas ma béquille.


Li


Ce 31 mars, je suis arrivé le matin à 9h. Nous étions sur l'organisation depuis nombreux jours, l'organisation d'un rassemblement pacifiste et ouvert à tous. Nous voulions rassembler et discuter tous ensemble de notre avenir. En deux semaines une poignée de citoyens grenoblois ont réussi à créer une organisation d'un mini festival. Nous avons créé et c'était beau. Nous étions forcément optimistes. Je ne suis pas allé à la manifestation, car j'aidais pour l'installation des stands. Toute la journée, j'ai rencontré du monde, des personnes que je ne connaissais pas. J'ai beaucoup échangé. J'ai croisé des parents, des jeunes, des anarchistes, des étudiants, des enfants, des anti-fa, des mal logés, des artistes, des clowns, mes parents, des chiens, des activistes et des activistes, des vieilles et des vieux, des retraités, des chômeurs. J'ai vu en une demi heure des centaines de personnes improvisé plusieurs Assemblée générale et discuter pour s'entendre tous et se respecter. J'ai partagé pas mal de soupe, j'ai aussi partagé de la bière. Putain mais putain qu'est ce que c'était beau. Tout était en place nous attendions notre soirée de paix et de rassemblement autour d'un film et de concerts, autour d'une convergence des luttes unique.


A l'inverse d'une société qui nous pousse à l'individualisme et au sécuritaire, nous discutions et nous rencontrons. C'est surement là que le bat blesse et c'est là que je redescends de mon petit nuage. Il est 18h, je pars cherché la nourriture qui servira à faire un grand barbecue pour la soirée. Il est 19h quand je reviens par la bobine. J’entends crier, j’entends pleurer. Je vois une personne le nez en sang inconscient se faire trainer par des CRS. Tout à changé si vite. C'est si rapide de détruire ce que des personnes ont construits en plusieurs semaines. C'est si facile d'utiliser la force face à la discussion. Alors, j'ai marché. J'ai marché à la recherche de mes collègues dispersé. Je l'ai est retrouvé place notre dame. 5 minutes plus tard on se faisait gazer. J'ai croisé toutes la soirée des robots armées, ils n'avaient pas de visages. Ils étaient plusieurs mais ne parlaient pas entre eux. Ils étaient armés et semblaient ne pas percevoir le désespoir des personnes qu'ils croisaient. Parfois ils lâchaient un sourire entre gène et jouissance de pouvoir taper. J'ai continué et puis j'ai retrouvé l'union, sur Jean Jaurès. A 20h30-21h des centaines de personnes marché à l'unisson dans les rues de Grenoble. J'ai retrouvé le bonheur que j'avais perdu, le temps d'arrivé devant un commissariat et de perdre un de mes amis. Je l'ai retrouvé quelques minutes plus tard, l'arcade ensanglanté et boitant. Nous sommes rentrés et nous savions déjà que nous avions gagnés. Nous avions gagnés puisque dès le lendemain un nouveau rassemblement avait lieu. Je veux continuer de voir ce mouvement s'enclencher prendre de la force. Je veux continuer à passer des journées à rencontrer du monde et pouvoir échanger sur nos points de vue. C'est tellement différents que ce qu'on nous propose d'habitude, nous les aurons grâce à notre union et à nos conviction!


Arthur


24h après, une journée de repos permet d'essayer de faire un peu le vide dans sa tête afin d'y voir plus clair, pour essayer de faire un témoignage le plus précis possible sur ma vision de cette journée.


Rdv 10h du matin à la gare, un peu en retard on passe quelques coups de fils pour retrouver les copains on est pas super en place (et oui c'est ça de ne pas vouloir défiler sous un drapeau), puis on voit les cagoules se mettre en place ça sent pas bon mais on s'éloigne un peu et la tension redescendant au fur et à mesure que le cortège.


Après environ 2h de manifestation (bien trop rapide à mon gout), on arrive sur l'anneau de vitesse, qui permet de prendre conscience de l'importance de la mobilisation du jour, qui fait plaisir à voir après 2 jeudi à battre le pavé sans grand monde. Et là le flou commence, la rumeur monte : "ils vont charger à 16h", le matos se range de partout par précaution, puis plus rien on attend et on se demande tous ce qu'il va se passer. Têtus et essayant de comprendre la situation je décide d'aller faire un tour du parc pour aller jouer moi aussi aux "RG" (au nombre qu'ils étaient dans la matinée, ça doit être sympa comme activité), c'est d'ailleurs les seuls qu'on repèrera le cul bien enfoncé dans le siège de leur 4 berlines à côté de la mairie.


Il est 15h45, personne n'a l'air positionné on se dit qu'on est encore tranquille pour un moment. Au retour on croise de nombreux manifestants allé demander à la mairie, pourquoi on empêche 500 personnes de discuter dans un parc avant de regarder un film au coucher du soleil ? Quelques minutes plus tard, des infos du centre-ville la police est stationnée à Chavant, je retourne voir de mes propres yeux, marre des rumeurs et mouvement de panique crée parce qu'une moto passe sur le boulevard, et là ça commence à faire on dénombre pas moins de 8 fourgons (sans compter ceux dans la rue adjacente) et un bus de crs. Retour à la base partage d'info mais tout le monde reste calme et on se dit qu'il n'y a aucun prétexte à la charge policière.


18h25, je rejoins l'équipe de mon asso au bar du bout du parc, et là pour la première fois de la journée le stress monte : je croise sur ma route une vingtaine de "civils" casqués qui me regarde de travers mais ne m'arrête pas. Quelques coups de fils aux copains pour prévenir, mais mon utopisme légendaire me fait penser que si ils viennent en civils une évacuation pacifiste est possible, sauf que je croise au sur la route 2 escadrons de CRS qui se planquent dans les buissons, là ça commence à sentir mauvais.


18h30, l'horreur l'averse de lacrymogène commence à tomber sur l'anneau de vitesse, je me poste sur un banc pour prendre de la hauteur et essayer de savoir comment ça se passe tout en apercevant que je suis à 3 mètres du responsable de cette scène. Et là le climat commence à changer, 2 jeunes passent entre nous et interpelle son groupe (je suis persuadé que pour eux ils interpelés un groupe de police et non pas M. Le Préfet), ni une ni deux, deux gros bras sont venus leur expliquer qu'ils avaient intérêt à la fermer! J'attends des gens révoltés à côté du bar et là je vois un jeune la tête en sang se faire trainé par terre. Pour la première fois de ma vie, j'ai le courage et suffisamment de révolte en moi, pour me joindre à la protestation, on nous explique que le jeune ne veut pas se mettre debout. Je suis désolé mais quand bien même une raison justifie son arrestation, quand on est 4 à trainer un jeune de vingt ans sur des dizaines de mètres dans le sable, votre humanité devrait remplacer l'absence de cerveau, et vous dire que vous aviez la force de le porter. Et ça continue sur ma droite une policière menace d'utiliser sa lacrymo en hurlant sur la foule. Je la regarde choqué en voyant sa tenue, une policière à Grenoble portant un pull siglé : "Police, NYPD" ça me parait vraiment pas sain ! Le jeune est embarqué, le calme commence à revenir (enfin dans notre coin, parce que les autres sont encore chassés aux quatre coins du parc), nous décidons de commencer notre réunion au pied des CRS avec fierté, et peur qu'ils ne comprennent pas qu'on veut juste continuer à vivre.


1h de réunion, un certain nombre de coups de fils aux copains du "front" pour prendre des nouvelles, une manifestation est en cours en ville, nous les rejoignons. Après avoir été tous gazés pendant une heure dans plusieurs rues de la ville, ils ont la force de faire une manifestation pacifiste (oui, quelques poubelles renversés - ramassés par les derniers du cortège, ne définit pas un mouvement violent pour moi). Je me remets dans l'ambiance après ma coupure, on marche tous ensemble juste révoltés parce qu'on estime valoir mieux que le monde qu'on nous promet, et c'est pas les sauts d'eaux jetés par les fenêtres qui nous arrêterons (désole de faire du bruit, pour vous protéger).


Après un sitting, sur l'un des plus gros carrefour de la ville, direction le commissariat en soutien aux copains embarqués dans la journée. Je me dis que ça va être dangereux, mais j'y vais quand même en me disant si ça dérape je quitte le cortège comme je l'ai toujours fait. Comme prévu, arriver devant l'hôtel de police les lacrymogènes tombent, on essaye de faire demi-tour pour rentrer, sauf que la surprise ça charge derrière nous aussi, seul issu le petit parc sur la droite. La nuit est tombée bien avant les lacrymogènes, le parc n'est absolument pas éclairé et en chantier, tout le monde essaye de s'échapper du guet-apens qui se met en place, après avoir hésité à se terrer comme des lapins dans un buisson, nous nous retrouvons pris en sandwichs dans une ruelle en contre-bas, avec une quarantaine de personnes. Certains essaieront de se rendre les bras en l'air lorsque la police avance et on nous annonce qu'on doit tous s'alignaient dos au mur si on veut que tout se passe bien. Énième coup de pression lorsqu'ils cherchent à couper les caméras présentes et que notre amie se rêvant en cow-girl du bronx, menace certains d'entre nous avec sa lacrymo et mène la troupe de chiens enragés qui se trouvent derrière elle. Après une fouille au corps bien insistante (j'ai failli devoir y laisser les clés de chez moi), nous avons eu, nous, la chance de pouvoir terminer cette journée juste les idées floues et les yeux qui picotent.


Je ne rentrerais pas dans la facilité des slogans anti-flics classique, parce que j'estime qu'on doit être plus intelligent que ça, mais j'aimerais qu'on m'explique comment deux personnes ayant des responsabilités aussi importantes peuvent avoir un tel comportement. Tout d'abord un Préfet de la République qui préfère prendre le risque de faire éclater une émeute dans une des plus grande ville de France au lieu de laisser 300 jeunes discuter dans un parc à regarder un film ? Ensuite comment une gradée de la police peut faire acte d'autant de provocation de par son comportement et sa tenue ? Comment peut-on en arriver au point, dans un pays comme le nôtre quand on est pacifiste et non-violent d'avoir plus peur d'une matraque que d'une ceinture d'explosif ?


Maël


Comme suggéré par d'autres militants, je dépose petit témoignage avec photos de la violence injustifiée qui a pu se produire durant la manifestation du 31/03. Cela s'est passé devant l'hôtel de police vers 22h alors que nous tentions de nous en approcher pour la libération de nos camarades. Fuyant les gazs lacrymos, je courais vers le parc des trois tours et me suis retrouvée face à une dizaine de CRS? (pas sûre de leur statut) en rang. Je me suis arrêtée et le temps de faire demi-tour j'ai reçu 2 coups de matraque hanche gauche et droite, une chute et j'ai fui par la suite (je fais 47kg,enfin petit gabarit point trop menaçant pour l'ordre public). Voilà ça ne vaut pas un trauma crânien mais c'est important de signaler de telles violences gratuites.


Merci de nous faire part des rassemblements afin de poursuivre un mieux une lutte organisée,


Armony


Je ne vais pas reparler des événements de toute la soirée, beaucoup de témoignages déjà, mais du cahot qu'il y a eu vers les 22h au parc de la Chartreuse (entre la tour 2 et 3).


Quand nous sommes arrivés sur l'avenue du commissariat un cordon de policiers nous y attendait, rapidement un autre c'est formé derrière. Le gazage est arrivé rapidement, nous nous sommes donc dirigé sur le parc de la chartreuse pour avoir de l'air et trouver une issu; mais rien la petite rue derrière celui-ci c'est transformé en souricière, mur de tôles d'un coté et grille de chantier (rénovation de la tour 2) et aux 2 extrémités de la rue, la police, qui de nouveau nous gaze... mais toujours pas d'issu et les policiers avancent, continuent à gazer, on ne peut que se serrer, certains essayeront par les grilles, mais rapidement les policiers sont là aussi, quand d'autres arrivent à arracher des tôles où on va s'engouffrer donnant sur un petit terrain, sans issu lui aussi. D'autres personnes sont ailleurs, nous ne sommes plus qu'un petit groupe de 20-30 personnes. Nous ressortons donc dans la rue et décidons de retraverser le parc pour reprendre l'avenue, et surtout nous décidons de quitter les lieux, la manif, le gazage... nous nous avançons donc mains en l'air et disant au groupe de policiers que nous souhaitons partir, rentrer chez nous. Mais ils ne l'entendent pas de cette oreille, ils nous ordonnent de faire demi-tour, de retourner de là où l'on vient... ils sont très agressifs verbalement et leurs comportements transpirent la violence. Celle-ci ne tardera pas, si vite constatée, qu'ils nous chargent alors que nous faisions demi-tour, nous courons et TAC je reçois un coup violent sur mon poignet droit, je regarde à droite, un, deux , trois... hommes casqués et coqués, qui frappent tous ceux qui sont à portées de leur matraque... on s'engouffre dans une haie et nous sommes de retour dans notre souricière, mais là l'intersection avec une petite rue est dégagée, nous nous y rendons, mais celle-ci se refermera à nouveau par des cordons de policiers... certains s'enfuiront en escaladant le mur du cimetière... on relèvent les bras et leur disant stop!!! après quelques violences verbales, plus dans la forme et le ton que le contenu, on est tous contre le mur du cimetière. Ils nous donnent une chance, une et pas deux (pour reprendre leurs paroles) de nous disperser définitivement, après fouille au corps c'est ce que nous ferons.


On se retrouve quelques uns pour constater les blessures, nous sommes plusieurs à avoir pris un ou multiples coups, certains iront à l'hôpital, d'autres pas. Je ne parlerais pas en leur nom, mais souhaite pouvoir les lire.


Après 11 h passées aux urgences, fracture fermée, 45 jours de plâtre, opération en suspend (se sera selon la radio dans 12 jours), 45 jours d'ITT.


J'ai 40 ans, plus de 22 ans de manif, en tout genre, pour différentes causes, rarement elles sont aussi longues de violences gratuites....


Charlotte


J'ai participé aux manifestations les trois premières semaines de Mars, et ce jour là je n'ai pas eu envie d'aller dans la rue pour inhaler une fois de plus la lacrimo, ou voir des amis recevoir de grands coups de matraque. J'en avais marre de cette violence gratuite. Je n'étais pas là pour ça. À 16h, des amis m'appellent pour me dire qu'ils sont au parc Paul mistral, que l'ambiance est joyeuse et festive, que des gens jouent de la musique, d'autres mangent, d'autres dansent, puis ils me proposent de les rejoindre. Alors je m'en vais en leur direction, ayant à l'idée de passer un bon moment assis dans l'herbe au chaud avec une guitare et le sourire aux lèvres. Loin de moi l'idée, en arrivant devant le parc, de me prendre une bouffée de lacrimo, voir des gens courir de toutes parts et des policiers distribuant de grands coups de matraque. La police venaient de réveiller la haine de centaines de personnes qui étaient pacifiquement en train de passer du bon temps, les jetant dans la rue. Je me suis retrouvé au milieu du déluge, n'ayant rien demandé à personne.


Après ça même les gens les plus pacifistes avaient envie de brûler et casser pour exorciser leur haine. Des affrontements éclatèrent jusqu'au soir, la faute à qui ?




Pierre, 19 ans